Un infatigable enseignant-chercheur : l’éminent Professeur Thierry Bonneau

Pour la troisième étape de son tour de France des Universités, le Forum de l’AFDD a souhaité se diriger vers une grande Université parisienne : l’Université Paris 2 Panthéon-Assas. Cette université accueille 19 086 étudiants dont 14 847 en droit, 5 écoles doctorales et 24 centres de recherche. L‘équipe d’animation du Forum était curieuse d’aller épier les préparatifs des journées portes ouvertes de l’Université Paris 2 Panthéon-Assas qui auront lieu les 18 et 25 janvier prochain. En préparant notre visite, nous avons eu l’immense bonheur et privilège de rencontrer le Directeur de l’École doctorale de Droit privé ED6, l’éminent Professeur Agrégé Thierry Bonneau qui a bien voulu malgré un emploi du temps chargé répondre à quelques questions.


Entretien avec un infatigable enseignant-chercheur : l’éminent Professeur Thierry Bonneau

Professeur Bonneau, Agrégé des facultés de droit

Propos recueillis par Sylvio Quincey

Professeur Thierry Bonneau, vous êtes Agrégé des facultés de droit et titulaire d’un doctorat d’État en droit de l’Université Paris II Panthéon-Assas, vous enseignez le droit privé à l’Université Paris II où vous apportez vos lumières sur de nombreuses matières, à savoir : le droit bancaire, le droit des marchés financiers, la régulation bancaire et financière européenne et internationale, les sociétés cotées et valeurs mobilières. Vous enseignez également à l’étranger, notamment à Singapour, à l’Ile Maurice et en Colombie et vous allez en outre exposer vos théories doctrinales au Canada, aux États-Unis, en Italie et en Roumanie.

Parmi les ouvrages que vous publiez, on peut citer, entre autres : votre « socle de marbre », je veux parler du précis de Droit bancaire, livre de référence (13e édition, août 2019, 912 p.) ; votre ouvrage Droit financier (co-écrit avec Pauline Pailler, Anne-Claire Rouaud, Adrien Tehrani et Régis VABRES, 2e édition, octobre 2019, 1200 p.) ; votre opuscule Fintech et Droit : Quelle régulation pour les nouveaux entrants du secteur bancaire ? (co-écrit avec Thibault Verbiest, mars 2017, 126 p., une suite est prévue pour le 2 mars 2020) ; et votre ouvrage de référence en matière de régulation : Régulation bancaire et financière européenne et internationale (4e édition, août 2018, 950 p.).

 Q1. Professeur, je m’arrête un instant sur ce dernier livre car je crois savoir que vous tenez beaucoup à cet ouvrage ; une 5e édition doit paraître au cours du 1er semestre 2020. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

 R1. Le droit est en constante évolution. Il suffit de lire le JORF et le JOUE pour s’en convaincre. Je mentionnerai les règlements et directives des 23 octobre 2019, 27 novembre 2019 et 18 décembre 2019 qui sont essentiels en ce qui concerne les dérivés, les entreprises d’investissement et les autorités européennes de surveillance (AES). Et bien sûr, la loi Pacte du 22 mai 2019 est intervenue pour régir les crypto-actifs et les prestataires de services sur actifs numériques. Les évolutions technologiques ont d’ailleurs une telle incidence en matière bancaire et financière qu’elles font parties, avec les ESG (environnement, social, gouvernance), des éléments à prendre en considération par les AES comme l’indiquent certaines des considérants du règlement du 18 décembre 2019.

C’est dire qu’un ouvrage a une longévité toute relative et que les mises à jours sont indispensables pour que les lecteurs soient parfaitement informés. L’inflation législative, dénoncée à la fin des années 1970, a pris une ampleur telle que même les auteurs de cette époque en seraient décontenancés. Elle est même inquiétante car on peut se demander si les producteurs des normes ont bien conscience du risque systémique qu’ils font encourir au système bancaire et financier.

Q2. Professeur Bonneau, vous entretenez parfois des doutes en forme de prémonition et qui vous tiennent à cœur, au point que vous éprouviez l’envie de les partager. Par exemple, j’ai le souvenir qu’en 2016 vous avez lancé une critique sur la contribution de la CJUE à l’ascension juridique du bitcoin. Quatre ans après les faits, avez-vous la même perception des choses ?

R2. Les évolutions stimulent la réflexion et enrichissent les lecteurs. Le monde change. Les monnaies virtuelles, les tokens et les ICO, la blockchain et les robots prennent une ampleur qui bouscule les idées reçues et doivent conduire à envisager les conséquences de ces évolutions au-delà du seul aspect technique de celles-ci. D’où les questions notamment de savoir si les monnaies privées ne sonnent pas le retour au féodalisme et si les tokens ou jetons sont des produits financiers fiables ou si on n’est pas en train d’induire en erreur les investisseurs. Ce style de questions n’est toutefois pas politiquement correct. Il faut être ouvert mais pas naïf et âpre au gain.

Q3. Professeur, vous êtes le Directeur de l’École doctorale de Droit privé (ED6). Cet établissement fait partie des cinq ED de l’Université Paris II Panthéon-Assas, aux côtés des écoles doctorales Georges Vedel – Droit public interne et comparé, science administrative et science politique (ED n° 7), Histoire du droit, philosophie du droit et sociologie du droit (ED n° 8), Droit international, droit européen, relations internationales et droit comparé (ED n° 9) et Économie, gestion, information et communication (ED n° 455). L’expérience unique que vous avez acquise en matière de travaux doctoraux a sans doute favorisé chez vous une faculté à prédire un bel avenir à certaines thèses, lesquelles s’avèrent in fine brillantes lors de leur soutenance. Est-ce bien une réalité ?

R3. Certaines thèses sont excellentes alors que d’autres le sont moins. Il n’en reste pas moins qu’un travail de thèse, s’il est achevé, est déjà un très beau succès car c’est un travail difficile, solitaire et long. Nécessairement, l’étudiant qui prépare une thèse apprend de multiples choses, notamment sur le fond et sur la méthode. Il apprend également à se connaître. Le travail de thèse apporte donc sur le plan personnel.

Il peut également apporter à la science juridique. Une bonne synthèse est déjà un apport. Si la thèse construit, analyse et fait des propositions, alors la thèse peut avoir un apport non négligeable pour la communauté des juristes et pour la science elle-même.

Q4. Une dernière question, Cher Professeur. Quelles seraient, selon vous, les formes de liens possibles entre les Écoles doctorales et l’Association Française des Docteurs en Droit ?

R4. Je ne sais pas quelles formes pourraient prendre ces liens. Il n’en reste pas moins que l’Association Française des Docteurs en Droit a un rôle essentiel pour la promotion du doctorat qui est un diplôme de haute qualité. Certains l’oublient ou feignent de l’oublier. L’association doit aider les écoles doctorales à cette promotion, ce qui implique de montrer qu’avec un doctorat, une belle carrière, universitaire ou non universitaire, est possible. Un doctorat a, à notre sens, une valeur inégalable.

SQ. Merci Professeur Bonneau


Régulation bancaire et financière européenne et internationale, par Thierry Bonneau

Éditeur : Bruylant, 4e édition, 16 août 2018, 950 pages.


Gardez le contact ! Abonnez-vous gratuitement et facilement aux articles du Forum de l’AFDD

Pour recevoir chaque article du Blog dès sa parution, rien de plus simple : cliquez ci-dessous sur « Je m’abonne ». Ensuite, à la fin de la page d’accueil, renseignez votre adresse email à la rubrique « S’abonner au blog via courriel ». C’est tout !

Je m’abonne


Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :