Thomas Blangis et Martial Nicolas : deux brillants défendeurs et promoteurs du Doctorat en Droit

Aujourd’hui, l’équipe d’animation l’AFDD a le grand plaisir d’aller à la rencontre de deux brillants doctorants en droit nantais, Thomas Blangis et Martial Nicolas. Rappelons que la Faculté de Droit et des Sciences politiques, dont dépendent nos deux amis, est une des composantes les plus importantes de l’Université de Nantes. Il faut ajouter que ce campus attire un nombre croissant d’étudiants ; quoi de plus normal au pays d’Anne de Bretagne, de Jules Vernes, d’Aristide Briand et d’Éric Tabarly : ce n’est pas par hasard si la première commune de l’Ouest en nombre d’habitants est devenue la capitale européenne de l’innovation.

Thomas BLANGIS
Martial NICOLAS

Propos recueillis par Sylvio Quincey, Animateur du Forum de l’AFDD

Q1. Bonjour Thomas et bonjour Martial, vous êtes doctorants en droit à l’Université de Nantes et vous représentez tous les deux les doctorants de l’Université. Dans le cadre des activités de votre laboratoire de rattachement, l’institut de Recherche en Droit Privé, vous organisez aussi, le 10 février 2020, une conférence de défense du doctorat de droit et de ses débouchés. Comment vous est venue l’idée de cette plateforme d’expression ? 

R1. Bonjour Sylvio. Le constat que nous faisons est le suivant : en France, le doctorat est un diplôme assez méconnu. De nombreux clichés, qui lui sont préjudiciables, persistent tant dans l’esprit des étudiants que des praticiens. Rêveur dans sa tour d’ivoire, éternel étudiant œuvrant en solitaire, suscitant la perplexité des entreprises, conditionné uniquement au monde universitaire, le docteur en droit ne jouit guère de la notoriété qui devrait lui revenir.
Notre action a donc pour objectif de prendre le contre-pied de ses représentations erronées en réconciliant la pratique et la recherche. En donnant la parole à de jeunes docteurs et doctorants sur leurs expériences respectives, nous espérons promouvoir l’utilité de la thèse tant d’un point de vue intellectuel, personnel que professionnel.  

Q2. Sous l’empereur Constantin (272-337) les docteurs en droit, ainsi que leurs femmes et leurs enfants étaient automatiquement exonérés de toutes charges publiques. Les temps ont l’air d’avoir bien changé ?

R2. Il est vrai que le doctorat ne semble plus représenter ce sésame prestigieux de l’Empire romain. En France, le doctorant est traité à l’instar des étudiants de licence ou de master, comme un simple étudiant alors même qu’il contribue chaque jour au bon fonctionnement de sa composante. Il est par exemple tenu de payer des frais d’inscription alors même qu’il assure quantité d’enseignements, de surveillances d’examens, de corrections de copies qu’il soit financé ou non, bien qu’il existe des exceptions à la règle dans certaines facultés. Par ailleurs, le statut sous lequel nous exerçons ces activités parallèles à la thèse sont le plus souvent rémunérées au titre de vacations, lesquelles sont rétribuées trois à six mois après la réalisation du travail. Indéniablement, la thèse est aujourd’hui synonyme pour certains d’une précarité que certains enseignants-chercheurs ont dénoncé au sein d’une récente pétition contre la précarisation des facultés de droit et de science politique.
Il faut cependant relativiser les faiblesses du doctorat à la lumière des portes qu’il ouvre à son titulaire. Le docteur en droit dispose ainsi de nombreuses passerelles permettant d’intégrer l’école des avocats, de faciliter l’entrée à l’ENM, de bénéficier d’un concours spécifique pour l’ENA ou pour certains postes de la haute fonction publique. Sa crédibilité scientifique lui permet également de se distinguer, par exemple, lors des sélections au centre de formation professionnels des notaires (CFPN). De manière plus générale, le diplôme constitue la clef de certains cercles réservés aux initiés. Ainsi, certains cabinets d’avocats ne recrutent que des docteurs en droit. Enfin, le législateur accompagne le recrutement de docteurs en entreprise par le biais de régimes de faveur tel que le dispositif « jeune docteur » du crédit impôt recherche (CIR).

Q3. La métaphore du thésard voyageur solitaire est devenue une sorte d’image d’Épinal en France : partagez-vous tous les deux ce même sentiment ?

R3. Certes, la thèse constitue un travail personnel mais l’aventure qu’elle représente ne s’effectue pas nécessairement seul. En ce qui nous concerne, la faculté de droit et de science politique de l’Université de Nantes met des espaces d’échanges et de travail à la disposition des doctorants.
Ainsi, l’Institut de Recherche en Droit Privé (IRDP), auquel nous sommes rattachés, offre les moyens de développer un esprit de groupe ainsi qu’une réelle solidarité aussi bien intellectuelle que morale. Allant même plus loin, la coopération inter-laboratoires avec le Centre de Droit Maritime et Océanique (CDMO) ainsi que le laboratoire Droit et Changement Social (DCS) favorise les rencontres entre doctorants de spécialités différentes et permet d’organiser des interventions scientifiques comme le colloque des doctorants. De plus, le laboratoire DCS offre également la possibilité aux doctorants ainsi qu’aux enseignants d’échanger, chaque semaine, sur un sujet de son choix, de manière informelle, lors de petits séminaires critiques.
Enfin, les universités ont également réussi à se rapprocher pour mettre en place des structures d’accompagnement dédiées aux docteurs en droit : l’École doctorale Droit et Science Politique (DSP). Celle-ci nous permet de participer à des formations consacrées aux méthodes et à la recherche en droit de manière générale. Par ailleurs, elle organise une masterclass annuelle, lors d’un week-end, afin d’échanger sur la thèse, l’avancée de nos travaux mais également les éventuels débouchés parfois méconnues. Partant de là, preuve est faite que le doctorat n’est pas nécessairement l’image d’Épinal qu’on lui attribue quand bien même sa nature implique un travail solitaire.

Q4. On dit que l’étudiant en quête de moyens de financement pour sa thèse doit entreprendre un véritable parcours du combattant. Quelles ont été vos expériences respectives à ce sujet ?

R4. Effectivement, l’obtention d’un financement est un préalable important pour envisager la rédaction de la thèse dans les meilleures conditions. Tout d’abord, il convient de souligner qu’il existe de nombreuses possibilités de financer sa thèse en droit. L’une des plus connues : le contrat doctoral. Il s’obtient par la constitution d’un dossier suivi d’une audition devant un jury composé de professeurs et de maîtres de conférences à la fin de l’année universitaire. Par conséquent, il convient d’être alerte pour l’obtenir et de se préparer en amont. Fort heureusement pour nous, l’obtention du financement s’est soldée par un succès. Outre le contrat doctoral, une personne qui désirerait entreprendre la rédaction d’une thèse peut envisager l’obtention d’un financement régional ou d’un contrat CIFRE auprès d’une entreprise, sans compter sur l’existence d’autres bourses européennes, internationales ou sur critères sociaux.
De surcroit, il ne faut pas oublier que la thèse est un pari important : on investit trois ou quatre années (voir plus) de son travail, il faut donc envisager des alternatives à ces contrats qui ne durent en moyenne que trois ans. C’est ainsi qu’intervient le contrat d’Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche (ATER) qui implique une présence régulière et assidue dans le fonctionnement de l’université, mais surtout la réalisation de travaux dirigés. Bien qu’il faille s’armer de patience et de courage pour entreprendre ces démarches, l’obtention de ces financements n’est pas irréalisable.

Q5. Il s’est tenu, le 27 mars 2018, une journée nationale du doctorat. Organisée par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ce temps de réflexion et d’échange autour du diplôme le plus élevé de l’enseignement supérieur français, a permis de faire le point sur la reconnaissance du doctorat et sur l’insertion des docteurs dans la vie professionnelle. Que pensez-vous de cette initiative ?

R5. Nous ne pouvons que souscrire à de telles initiatives. Le gouvernement semble prendre conscience de la plus-value apportée par les docteurs à l’économie et du retard de la France dans la valorisation de la recherche. Nous ne pouvons qu’espérer l’aboutissement de mesures concrètes en faveur du doctorat en sciences humaines et sociales. En effet, la part belle est souvent faite aux docteurs de sciences dures, laissant encore à ceux des sciences humaines une place à conquérir.

SQ. Merci et très bonne continuation à vous deux, Thomas et Martial.


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