Caroline et Charles, deux Doctorants dynamiques et Bourguignons

L’équipe d’animation de l’AFDD voyage, voyage, voyage …! Hier à Nantes, aujourd’hui à Dijon, qui sait demain : sur Mars peut-être ?

Mais pour l’heure, restons les pieds sur Terre, pour rappeler que Dijon est une ville princière par excellence et l’un des principaux territoires viticoles français, ce qui lui vaut d’être mondialement connue et reconnue. Pour cela et pour son Université de Bourgogne fondée en 1722, laquelle se positionne aujourd’hui, excusez du peu, à la seconde place du classement européen en termes de qualité de vie estudiantine : un label d’exception !

Pour nous en parler, il nous fallait bien entendu deux éléments également exceptionnels !


Propos recueillis par Julia Heinich, Animatrice du Forum de l’AFDD


Question 1 : Vous avez tous les deux choisi de faire une thèse après un Master professionnel. Pouvez-vous nous expliquer votre parcours et les raisons qui vous ont conduits à choisir le doctorat ?

Caroline – Pour ma part, à la suite de discussions avec le Professeur Régis Vabres, j’ai commencé à envisager l’éventualité de poursuivre en thèse à partir de mon Master 1 droit des affaires, que j’ai effectué à Dijon.
Cependant, je n’avais encore réalisé aucun travail de recherche à ce moment-là, et j’étais donc un peu réticente à poursuivre directement vers un Master de recherche, ne sachant pas si cela allait me plaire par la suite. Pour cette raison, j’ai préféré me tourner vers un entre-deux : un Master professionnel, qui me permettait néanmoins de rédiger un mémoire de recherche.
Et c’est exactement ce que m’offrait le M2 Droit de l’entreprise et des affaires – DJCE de Nancy : il me garantissait une excellente insertion dans le monde professionnel, et m’a permis de rédiger un mémoire afin d’avoir déjà une première idée de ce qu’est la recherche juridique. Cet exercice a  finalement confirmé mon envie de m’orienter vers la recherche universitaire. Je n’ai toutefois pas commencé ma thèse directement à la sortie de mon Master 2 ; je l’ai décalée d’un an. Cela m’a permis, d’une part, d’enrichir mon expérience professionnelle puisque j’ai effectué des stages au Luxembourg et à Strasbourg, et d’autre part de mûrir ce projet de thèse, de me préparer sereinement au concours du contrat doctoral.
Ayant obtenu un contrat doctoral l’an dernier, je suis donc aujourd’hui en première année de thèse à l’Université de Bourgogne, sous la direction du Professeur Régis Vabres. 

Charles – Originaire d’Avallon dans l’Yonne, j’ai réalisé l’intégralité de mes études à Dijon au sein de l’Université de Bourgogne. Dès ma première année de Licence, j’ai été attiré par l’enseignement.
J’ai par la suite effectué un Master 1 en droit des affaires. À l’issue de celui-ci, j’ai décidé de m’orienter vers un Master professionnel, le Master 2 Juriste d’affaires Commerce-Distribution-Consommation, dirigé par le Professeur Vincent Thomas. Cette formation se déroule en alternance. Même si le diplôme est professionnalisant, une place non négligeable est accordée à la recherche. En effet, durant l’année, les étudiants doivent écrire un véritable mémoire universitaire, à l’instar d’un Master recherche. J’ai pour ma part rédigé et soutenu un mémoire sur l’équilibre de la relation commerciale entre fournisseur et distributeur. En outre, l’association du Master, l’association Jurivision, organise chaque année un colloque portant sur un thème d’actualité en droit des affaires. J’ai réalisé le rapport de synthèse de ce 33e colloque annuel ayant pour thème la formation du contrat entre secret des affaires et devoir d’information. J’ai beaucoup aimé effectuer cet exercice universitaire.
Enfin, le parrain de notre promotion est le Doyen Jacques Mestre, ce qui prouve une nouvelle fois que ce Master professionnel accorde une place importante à la recherche. Une fois l’année universitaire terminée, les Professeurs Arlette Martin-Serf et Vincent Thomas m’ont proposé de préparer une thèse sous leur direction. Totalement satisfait par le côté recherche de ma formation, j’ai logiquement accepté. Je suis actuellement en troisième année de thèse et c’est avec plaisir, enthousiasme et motivation que j’écris ma thèse et que j’assure des travaux dirigés en droit des contrats et droit des sociétés. 

Question 2 : Pensez-vous que le doctorat puisse être davantage valorisé chez les praticiens du droit ?

Réponse collective : Malheureusement, il semble que le doctorat souffre de nombreux préjugés, de la part des praticiens du droit notamment. Une opposition, injustifiée selon nous, peut parfois être faite entre la pratique et la recherche : le docteur en droit, de par son travail de thèse, peut être perçu comme inadapté au monde de l’entreprise. Cela témoigne d’une image faussée de ce qu’est le doctorat en droit, image qu’il faut impérativement combattre en valorisant le doctorat et la recherche en droit. Une telle opposition entre recherche et pratique n’a, à notre sens, absolument pas lieu d’être, surtout en droit des affaires, milieu dans lequel nous évoluons tous les deux. Fort heureusement, de nombreux praticiens reconnaissent tout de même, à juste titre, les qualités que peut apporter un universitaire, comme en témoignent les nombreux cabinets faisant appel à des enseignants-chercheurs pour des consultations ponctuelles. D’ailleurs, de nombreux universitaires exercent également en tant qu’avocats. Nous sommes convaincus que les universitaires et les praticiens du droit peuvent se nourrir mutuellement de par leurs approches et leurs compétences respectives.

Question 3 : La question du financement est l’une des plus délicates pour les doctorants. Comment avez-vous réussi à en obtenir un ? 

Réponse collective : Il est vrai, et c’est là l’un des aspects les plus problématiques du doctorat en droit, que tous les doctorants n’ont pas la chance de bénéficier d’un financement. Plusieurs possibilités existent afin d’être financé durant sa thèse : la première est l’obtention d’un contrat doctoral, sur concours. D’autres bénéficient de contrats financés par des collectivités territoriales, ou de conventions CIFRE, financées par des entreprises. Nous avons eu la chance d’obtenir tous les deux un contrat doctoral. Le concours requiert tout d’abord la constitution d’un dossier papier, composé du détail de notre cursus universitaire, de notre curriculum vitae, de lettres de motivation, etc. Une première sélection est opérée à partir de ce dossier. Les candidats retenus sont convoqués à une audition et défendent leur projet face à un jury composé d’une dizaine d’universitaires. Cette audition nécessite une préparation rigoureuse, afin d’être convaincant face au jury. Nous avons eu la chance d’être entraînés et accompagnés par nos directeurs de thèse et par d’autres enseignants-chercheurs de notre laboratoire, le Centre Innovation et Droit (CID). Nous avons tous les deux réussis ce concours et obtenus un contrat doctoral. 

Question 4 : Vous assurez des travaux dirigés à l’Université en parallèle de votre thèse. Avez-vous le sentiment que cette activité complémentaire est utile pour votre travail de thèse ?

Réponse collective : Cette activité complémentaire n’est pas seulement utile selon nous, elle est également primordiale. Dans un premier temps, assurer des travaux dirigés permet au doctorant de se familiariser avec l’enseignement, qui fait partie intégrante du métier d’enseignant-chercheur. Le doctorant peut ainsi rapidement savoir s’il souhaite définitivement s’orienter vers ce métier. En outre, l’activité d’enseignement permet de s’entraîner à être plus à l’aise dans la prise de parole en public, ce qui sera d’ailleurs utile aussi bien pour une carrière universitaire que pour devenir praticien du droit. Enfin, réaliser des travaux dirigés sur des matières intéressant nos travaux de recherche permet de revoir certaines notions étudiées durant nos années d’études antérieures ou même d’envisager des pistes de réflexion pour nos thèses.

Question 5 : L’AFDD a récemment choisi de se tourner davantage vers les doctorants : ils peuvent bénéficier d’un statut de pré-adhérents en attendant de soutenir leur thèse et de devenir docteurs et adhérents à part entière de l’association, la création d’un espace dédié sur le site est en cours avec à terme des offres de stages, une liste des postes d’ATER à l’université, une liste des différents prix de thèses, etc. Que pensez-vous de ces initiatives, et avez-vous des suggestions pour développer ce lien entre l’Association et les doctorants ?

Réponse collective : Ces initiatives sont excellentes. En effet, depuis le début de notre thèse, nous constatons avec désarroi qu’il existe au sein des universités une carence de l’information relative au doctorat. Cette absence d’informations sur certaines procédures administratives à effectuer (contrats doctoraux et postes d’ATER notamment), sur l’existence de nombreux prix de thèses mais également sur les exigences du CNU est profondément handicapante. Nous devrions tous avoir accès à ces informations dès la première année de thèse. Cela permettrait au doctorant de préparer sa thèse et son avenir en toute sérénité. Concernant les suggestions relatives au développement du lien entre l’AFDD et les doctorants, nous pensons que l’association pourrait être plus présente localement, au sein de chaque université. Cela permettrait par exemple d’organiser quelques manifestations juridiques à l’attention des doctorants, ayant par exemple pour thématiques la rédaction et la soutenance d’une thèse, ou encore les attentes du CNU. Enfin, pourquoi ne pas faire participer un ou plusieurs doctorants lors des colloques organisés par l’AFDD ? Cela serait sûrement le plus bel exemple de mise en valeur des doctorants.

J.H. : Merci Caroline et Charles.


Gardez le contact ! Abonnez-vous gratuitement et facilement aux articles du Forum de l’AFDD

Pour recevoir les articles du Blog dès leur parution, rien de plus simple : cliquez ci-dessous sur « Je m’abonne ». Ensuite, à la fin de la page d’accueil, renseignez votre adresse email à la rubrique « S’abonner au blog via courriel » !

Je m’abonne

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :